Pendant le mois d’août, j’ai été amenée à traduire un document sur la stratégie de défense des droits sexuels d’une ONG. Le document, d’une trentaine de pages, présentait les principes et articles qui régissent cette ONG en matière de droits sexuels, le témoignage d’hommes et de femmes dont les droits avaient été bafoués et les politiques mises en place par cette ONG.
Dès les premières pages, j’ai été rapidement confrontée à un problème linguistique important, étant donné que ce terme était utilisé pratiquement dans tous les paragraphes : comment traduire « human rights » dans des phrases relativement longues. Pouvais-je utiliser le terme « droits humains ». Ce terme était-il usité, admis ? Avait-il le même sens que les « droits de l’homme ». En effectuant une recherche approfondie sur Internet, j’ai constaté avec surprise que la traduction en français de « human rights » a suscité la polémique et a fait beaucoup coulé d’encre ! Les français faisaient exception et se distinguaient du reste du monde en utilisant l’expression « droits de l’homme » au lieu de « droits humains ».
D’un point de vue historique, tous les documents officiels français utilisent l’expression « Droits de l’Homme », l’Homme ici étant considéré comme l’être humain dans son ensemble (l’homme + la femme). Les « droits humains » seraient les droits relatifs à l’homme et auraient une portée plus généraliste (tous les droits humains ne sont pas des droits de l’homme). Les institutions se sont d’ailleurs penchées sur la question et ont décidé de continuer à employer ce terme (voir article), au grand dam de certaines féministes qui se sentent exclues et crient à l’ostracisme (voir article) !
Dans ce contexte, j’étais confrontée à un choix cornélien : suivre l’usage empirique en citant « les droits de l’homme » ou défendre le féminisme en citant « les droits de l’homme et de la femme », sachant que ce choix pourrait être considéré comme une prise de position ? Le traducteur doit-il faire passer des idées personnelles dans son discours ou rester neutre ?
Après réflexion, j’ai choisi d’utiliser »les droits humains » dans le cas où les droits de l’homme pouvaient être envisagés d’un point de vue universel, général et j’ai employé les « droits de l’homme » lorsqu’il était clairement fait référence aux textes fondateurs de notre société. Ainsi, les deux termes étaient cités dans le document et aucune prise de position franche n’était prise. Ouf !

